Le point de vue de l’assurance maladie sur les amalgames dentaires

21/10/2009

Dans sa revue « Pratique et organisation des soins », l’assurance maladie propose une synthèse des travaux scientifiques sur la question des amalgames dentaire. Et conclut à son innocuité.

Publié dans sa revue « Pratique et organisation des soins n° 2 - 2009 » et  signé par Michel Matysiak, chirurgien-dentiste conseil et chef de service à la Direction régionale du service médical Rhône-Alpes, l’assurance maladie dresse en effet un état des travaux scientifique sur la question de l’amalgame dentaire. Cette étude conclue en substance que la question fait l’objet d’un consensus dans la communauté scientifique. Nous publions ci-dessous le résumé puis la conclusion in extenso de cette étude. 

À cause de sa teneur en mercure, l'amalgame dentaire suscite des controverses depuis le XIXe siècle. Ainsi, à l'occasion de la diffusion des rapports européens du Comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux (SCENIHR) et du Comité scientifique des risques sanitaires et environnementaux (SCHER), les positions de la communauté scientifique aux États-Unis, au Canada et en Europe, quant au risque du mercure issu des amalgames dentaires sur la santé, ont été analysées.
Les points majeurs des rapports et des recommandations de bonne pratique, émis par les instances scientifiques, sont présentés. Il ressort que l'innocuité des amalgames dentaires est reconnue par la Fédération dentaire internationale, l'Organisation mondiale de la santé, l'American Council on Science and Health, l'American Dental Association, la Food and Drug Administration, et Santé Canada. La position française est à l'aune de celle des États-Unis. En revanche, certains pays scandinaves ont pris des mesures visant à limiter ou à interdire l'utilisation de l'amalgame dentaire. La Norvège a pris sa décision d'interdiction pour des raisons environnementales et non de santé publique. Concernant le risque allergique, il existe pour le mercure contenu dans les amalgames, mais avec une fréquence semble-t-il moins élevé que pour les matériaux alternatifs à base de résine. Ces derniers ne seraient pas actuellement suffisamment fiables et étudiés pour promouvoir systématiquement leur substitution à l'amalgame dentaire.

À partir des recherches fondées sur la preuve, il ressort que les positions de la communauté scientifique des pays nord-américains et européens convergent pour indiquer que l'amalgame dentaire, malgré la présence de mercure, ne présente pas de risques majeurs pour la santé des patients. Il est donc important que les décisions politiques des institutions européennes soient prises en tenant compte des preuves scientifiques actuelles et non sous la pression de lobbies professionnels et/ou économiques.

Les conclusions de l’étude

L’amalgame dentaire continue de susciter de vives polémiques entre ses défenseurs et ses détracteurs, essentiellement dans les pays scandinaves, mais aussi en Allemagne et en France. Comme l’indique la présente revue actualisée sur cette question, toutes les conclusions de ces rapports internationaux convergent pour reconnaître l’innocuité de l’amalgame d’argent sur l’être humain. Comme tout type de matériau mis en contact avec le système immunitaire des patients, le mercure contenu dans l’amalgame dentaire peut provoquer de rares cas de réactions allergiques chez des patients sensibles, comme le montre les études épidémiologiques (1/2500 patients). En revanche, les matériaux alternatifs à base de résine sont responsables d’allergies plus fréquentes (2,8 %[27] ; 2,3%). Face à une fiabilité encore discutable, des groupes d’experts travaillent actuellement à élucider les causes de la nocivité des monomères sur les tissus pulpaires et gingivaux. Au regard des récentes positions européennes du SCENIHR, basées sur des preuves scientifiques, des associations et des scientifiques dont l’objectif est de faire interdire l’utilisation de l’amalgame dentaire ont adressés leurs observations à cette commission dans le cadre d’une consultation préalable organisée par le SCENIHR.

Ainsi, Grosman, Stejskal et Picot mettent en cause l’indépendance de la Commission et l’absence de contradictoire dans cette expertise. Ils estiment que l’avis de la Commission ne reflète pas les connaissances actuelles scientifiques ; cette expertise n’ayant pas été « effectuées par des toxicochimistes et des épidémiologistes spécialisés dans les effets des expositions à faibles doses de métaux traces toxiques tel que le mercure ». Concernant le risque de réactions allergiques, de désordres neurologiques ou d’autres atteintes, ces auteurs prennent pour exemple la maladie d’Alzheimer, pour affirmer, au regard de quelques publications,

qu’une imprégnation cérébrale mercurielle est plus importante chez les patients atteints de cette maladie.

De même ils énoncent qu’ « il est avéré que (…) le risque de retard d’apprentissage chez l’enfant est multiplié par 3,6 si la concentration en mercure du cordon dépasse 0,8 mg/l (Jedrychowski 2006) ». L’étude citée n’intéresse pas les amalgames dentaires. À partir d’une cohorte de 233 enfants nés entre janvier 2001 et mars 2003, l’état psychomoteur et cognitif de ces enfants âgés d’un an dont les mères étaient exposées à de faibles, mais variables, quantités de mercure durant leur grossesse a été évalué. En revanche sur ce thème, l’étude de de Rouen et al. visant à évaluer la sécurité des restaurations à l’amalgame chez les enfants, est un essai clinique randomisé comparant à partir de tests neurocomportementaux (évaluation de la mémoire, de l’attention, de la concentration, de la motricité de la vision et de la vitesse de la conduction nerveuse) un groupe d’enfants avec des restaurations dentaires à l’amalgame sur les dents postérieures à un autre groupe d’enfants dont les dents postérieures sont restaurées par une résine composite. Après sept années de suivie, il n’a pas été retrouvé de différences statistiquement significatives dans les évaluations neurocomportementales ou dans la vitesse de conduction nerveuse entre les enfants porteurs de restaurations à l’amalgame et ceux porteurs de résine composite. Les auteurs concluent, que ceci suggère que l’amalgame resterait une option viable de restauration dentaire chez les enfants. Ces deux exemples illustrent l’affrontement des publications exposées par les tenants ou les opposants à l’utilisation de l’amalgame dentaire.

Certains comme Edlich et al. reprenant qu’il a été démontré que le mercure cause des dommages au rein, au système nerveux central et au système cardio-vasculaire, demandent par l’application du principe de précaution, que les patients soient systématiquement informés par leurs dentistes des risques inhérents pour leur santé de restaurer leurs dents avec un amalgame d’argent, et de recueillir leur consentement.

Par ailleurs, le professeur Michel Goldberg, en réaction à l’interdiction du Ministère de l’environnement norvégien en 2008 d’utiliser l’amalgame d’argent pour des raisons environnementales et non de santé publique, indique qu’« en effet, au lieu de traiter et retraiter une lésion carieuse tous les 10 à 15 ans, ils recommenceront trois fois leurs obturations en résine composite. Ils encaisseront donc trois fois les honoraires ». Sa crainte pour l’avenir, sur la santé publique, est qu’« au lieu de stabiliser la lésion carieuse et de faire de la prévention, les chirurgiens-dentistes traiteront les lésions carieuses secondaires ». Ce sujet très polémique, nécessite pour raison gardée de ne considérer que les travaux scientifiques de haut grade de preuve, lesquels ont été retenus par les agences nationales en santé pour fonder leurs recommandations de pratiques professionnelles. En conclusion, rappelons que le Council of European Dentists en 2007 a diffusé une résolution indiquant que les recherches sur de nombreuses décennies ont échoué à démontrer un risque significatif sur la santé du fait des amalgames dentaires. Par ailleurs, ils regrettent que le Parlement européen en mars 2006 appelle à une restriction de l’utilisation de l’amalgame en dépit de toute justification scientifique ; « Il est donc important que les décisions politiques des institutions de l’Union Européenne soient prises en tenant compte des preuves scientifiques actualisées. »