Cabinets dentaires low cost : non à une santé buccale au rabais !

29/03/2012

La vocation de l’exercice de l’art dentaire ne consiste pas à faire du business prothétique au détriment des soins conservateurs. La prise en charge globale du patient relève d’une obligation déontologique.

Le Conseil national a pu observer ces derniers mois, dans les grandes agglomérations françaises, l’éclosion de cabinets dentaires low cost proposant des prothèses à des prix discount. Le principe de ces établissements est simple : des chirurgiens-dentistes sont salariés pour réaliser exclusivement des restaurations prothétiques. Leurs promoteurs entendent, de la sorte, rationaliser leurs coûts de fonctionnement et donc baisser largement les prix pour le patient. Ainsi, le gain en productivité dégagé permettrait de proposer l’implant dentaire à 480 euros et la couronne à 390 euros… peut-on lire dans les différents articles de presse faisant état de la multiplication de ces établissements.
Problème : la vocation de l’exercice de l’art dentaire n’est pas de faire du business, mais d’assurer la prise en charge globale et le suivi des soins bucco-dentaires des patients. Il ne semble pas superflu de rappeler l’évidence : en vertu du Code de déontologie, « la profession dentaire ne doit pas être pratiquée comme un commerce ». L’article R. 4127-238 du Code de la santé publique ajoute que « le chirurgien-dentiste est libre de ses prescriptions, qui seront celles qu’il estime les plus appropriées en la circonstance. Il doit limiter ses prescriptions et ses actes à ce qui est nécessaire à la qualité et à l’efficacité des soins ». Sans ambiguïté.
Dès lors, que faut-il penser de la création de cabinets dentaires dont la seule finalité consiste à limiter le périmètre de l’offre de soins afin de casser les prix sur certains actes ciblés ? On ne s’y trompera pas : la plupart du temps, les promoteurs de ces centres ne sont d’ailleurs pas des chirurgiens-dentistes, mais des hommes d’affaires ayant flairé la bonne opportunité…
Au-delà de la nécessaire dimension éthique de l’exercice de la profession dentaire se pose aussi la question de la qualité de soins. Quelle est la provenance des prothèses utilisées ? Cette course effrénée à la rentabilité ne met-elle pas mécaniquement en péril la sécurité et la qualité des actes réalisés ? Comment sera assuré le suivi des soins dans ces établissements ? Proposer des actes choisis ne revient-il pas à discriminer les patients ? Bien sûr, la sous valorisation des soins conservateurs (depuis près de 50 ans) a creusé le lit de telles dérives mercantiles. On peut sans peine imaginer que si ces soins étaient cotés à leur juste valeur, les tarifs prothétiques seraient moins élevés. Au lieu de constituer une réponse avantageuse pour le patient – comme les promoteurs de ces établissements le prétendent –, tolérer une telle dentisterie low cost axée sur la seule prothèse reviendrait à terme à détourner la majorité des chirurgiens-dentistes libéraux des soins conservateurs (détartrage, traitement des caries, etc.) moins rémunérateurs.
Dans un contexte de démographie professionnelle pour le moins tendu, on mesure bien tout le risque pour la santé publique et l’accès aux soins dentaires qu’une telle évolution laisse entrevoir… Du point de vue de la santé publique, il n’est pas acceptable pour un professionnel de santé de choisir à la carte les actes thérapeutiques qu’il réalise. Voilà pourquoi le Conseil national ne peut accepter de telles dérives mercantiles et entend réaffirmer la mission de santé publique de tout chirurgien-dentiste. Il a décidé de porter plainte contre l’un des principaux promoteurs de ces centres de soins à Lyon et à Paris et mènera une bataille contre les promoteurs d’un consumérisme dentaire au rabais.