La France, élève moyen du recours aux soins dentaires

03/11/2016

La situation des soins bucco-dentaires en France comparée à celle de ses voisins européens et de l’OCDE a été mise en perspective dans une étude récente.

Ci-dessous, les principaux résultats.

Survenant après la réunion du Pôle patients du Conseil national du 2 juin dernier et au moment du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2017, la comparaison de la Drees sur les dépenses de santé en 2015 à l’échelle européenne et de l’OCDE est particulièrement instructive. On retiendra que si le recours aux soins bucco-dentaires et le reste à charge se situent dans la moyenne de l’UE, en revanche le renoncement aux soins est une situation plus saillante en France et dans l’Europe du Sud que dans le reste de l’UE.

Une densité de praticiens dans la moyenne de l’UE

En 2014, on recensait en France 64 chirurgiens-dentistes en activité pour 100 000 habitants, ce qui correspond à la moyenne de l’UE. La densité augmente en Allemagne et en Italie ; elle diminue en revanche au Royaume-Uni où les professions de techniciens dentaires sont plus variées et nombreuses.

Recours aux soins

Le nombre annuel de consultations dentaires par habitant est de 1,3 en France, ce qui correspond à la moyenne de l’UE. La diversité européenne des systèmes de santé s’exprime dans la variation de ce résultat : plus faible en Hongrie, au Danemark ou au Royaume-Uni (il n’est que de 0,7), mais plus élevé aux Pays-Bas et au Japon (il atteint 2,6 et 3,7). Le chiffre britannique pourrait s’expliquer par la place importante accordée à la prévention qui occupe 31 % environ de la dépense dentaire nationale. En France, on retiendra cependant que « les dépenses relatives aux soins dentaires de nature préventive ont augmenté en moyenne de 4,8 % par an entre 2012 et 2014 », selon la Drees.

Au total, en 2014, les dépenses courantes de santé réalisées dans les cabinets dentaires s’élèvent en moyenne à 172 euros en parité de pouvoir d’achat ( PPA) par habitant dans les pays de l’UE, alors qu’elle se limite à 149 euros en PPA par habitant en France.

Un reste à charge élevé en Europe

« Une part relativement faible de la dépense dentaire fait l’objet d’une prise en charge par l’assurance maladie obligatoire ou un autre financeur public (47 % en 2015 pour l’Europe des Quinze – UE 15). Compte tenu des différences de dépassements d’honoraires, de prise en charge des prothèses dentaires, de la diversité des couvertures maladie privées, la prise en charge des dépenses dentaires totales se répartit de manière très hétérogène entre les régimes publics et les régimes facultatifs privés selon les pays de l’OCDE. En moyenne, le reste à charge est élevé (39 % dans l’UE 15). » Sur ce point, l’UE ne présente pas un modèle meilleur qu’un autre.

Renoncement aux soins

Le renoncement aux soins bucco-dentaires est faible. En 2014, 6 % de la population comparée de l’UE renonce à des soins médicaux et près de 8 % à des soins bucco-dentaires. Toutefois, le taux de renoncement aux soins bucco-dentaires est supérieur à la moyenne européenne (7 % dans l’UE) dans les pays du Sud (Portugal 19 %, Grèce 14 %, Italie 12 %, Espagne 10 %) et en France (9 %). Il est bien plus faible aux Pays- Bas (3 %), en Allemagne et au Royaume-Uni (4 %).

Le coût élevé des soins est la principale cause de renoncement évoquée (plus d’une fois sur deux en France et deux fois sur trois en moyenne au sein de l’UE). En Italie, où les dépenses de prothèses dentaires sont en effet intégralement à la charge du bénéficiaire, en Grèce et plus encore au Portugal, ce motif financier est encore plus élevé. Les listes d’attente ou l’éloignement s’ajoutent dans une moindre mesure aux motifs de renoncement.

En revanche la peur a la peau dure et reste plus fréquemment mentionnée que pour le renoncement aux autres soins médicaux. En tout cas, le coût n’explique pas tout. « Aux Pays- Bas, en Espagne, en Allemagne ou en Suède, le taux de renoncement des plus démunis n’excède pas 2 % pour les soins médicaux, alors que des disparités bien plus importantes existent pour les soins dentaires, en particulier en Espagne […]. Pourtant, des populations bien identifiées, dont les plus jeunes et les plus démunis, bénéficient d’une prise en charge des prothèses dentaires, partielle en Espagne ou totale en Grèce », avance la Drees. La spécificité des soins bucco-dentaires trouve là une manifestation exemplaire. Le PLFSS pour 2017 et son projet de plan pluriannuel pour l’accessibilité aux soins bucco-dentaires auront à y faire face.