Attentat de Nice : retour sur la mobilisation des praticiens

03/01/2017

[3 janvier 2017]

En novembre dernier, la Commission d’odontologie médico-légale de l’Ordre a réuni l’ensemble des acteurs qui ont participé à la mission d’identification des victimes de l’attentat du 14 juillet dernier à Nice. L’objectif : réaliser un débriefing des actions menées et se préparer aux événements futurs.

Dans les premières heures qui ont suivi l’attentat de Nice, le 14 juillet 2016, sur la promenade des Anglais, le Conseil national de l’Ordre a déployé tous ses moyens pour aider les autorités judiciaires à identifier les victimes. Pour la petite histoire, à deux heures du matin, Steve Toupenay, chirurgien-dentiste réquisitionné par les autorités judiciaires pour coordonner le dispositif d’identification odontologique, appelle Serge Fournier, conseiller national en charge de l’Unité d’identification odontologique (UIO). Il s’agit d’obtenir la liste des praticiens intégrés à l’UIO prêts à intervenir sur le lieu de la catastrophe. Le service informatique du Conseil national est également sollicité pour fournir les coordonnées des praticiens exerçant dans l’agglomération niçoise, mais aussi sur l’ensemble du territoire français. L’objectif : recueillir le plus rapidement possible les informations ante mortem des victimes potentielles. « À 2 h 30 du matin, Serge Fournier me demande si je suis disponible pour intervenir à Nice. J’ai fait ma valise et suis parti en voiture de Nancy », explique Hugues Thomas, chirurgien-dentiste membre de la mission d’identification. « J’ai fait un arrêt dans le Haut-Rhin pour récupérer Steve Toupenay et, 1 300 kilomètres plus tard, nous étions à Nice. Nous avons commencé à travailler à 14 heures, le 15 juillet », poursuit-il.
« En deux heures, l’équipe odontologique était constituée. Au total, 13 chirurgiens-dentistes ont été réquisitionnés pour faire partie de la mission d’identification odontologique », explique Serge Fournier qui poursuit : « Cette rapidité d’exécution et d’organisation a été favorisée par les multiples réunions organisées par la Commission d’odontologie médico-légale du Conseil national qui ont favorisé en amont les rencontres entre les différents intervenants. » Et Steve Toupenay d’ajouter : « L’un des enjeux a été de retrouver très rapidement ces praticiens en France, mais aussi à l’étranger par l’intermédiaire d’Interpol. Le rôle de l’Ordre, sur le plan national et départemental, a été déterminant. »
« Alertés dès 2 h 14, nous avons en effet ouvert le service informatique du Conseil national dans la nuit du 14 au 15 pour avoir accès au répertoire des praticiens susceptibles de livrer des informations sur les victimes », confirme de son côté Jean-Marc Richard, conseiller national représentant la région Paca, avant d’adresser « un grand merci à MM. Marcadet et Luppino du service informatique ».
Cette synergie entre les différents intervenants a permis d’identifier formellement 15 victimes grâce aux seuls schémas dentaires. L’implication du conseil départemental de l’Ordre des Alpes- Maritimes a également facilité les recherches des contacts des praticiens de la région. Son président, Olivier Comte – en soulignant le traumatisme vécu par les Niçois qui connaissaient chacun, directement ou indirectement, une ou plusieurs victimes – se souvient : « C’était un week-end prolongé. De nombreux praticiens étaient partis en vacances. J’ai passé la journée du 15 au téléphone pour obtenir les coordonnées personnelles des confrères afin d’ouvrir les cabinets dentaires. Ceux que j’ai réussi à joindre ont fait montre d’une grande réactivité et de solidarité. La coopération dont a fait preuve la profession est exemplaire. » S’agissant des experts odontologiques, ils travaillent 24 heures sur 24 afin de ne pas freiner la chaîne d’identification. Steve Toupenay confie : « Nous avons dormi, chacun notre tour, trois heures par jour pendant quatre nuits. L’examen post mortem odontologique ne devait pas freiner la chaîne du processus d’identification avec l’ADN et les empreintes digitales. »
Lors de la réunion de la Commission d’odontologie médico-légale, les membres de la mission ont relevé certaines difficultés dont la capacité d’accueil de l’institut médico-légal de Nice, qui n’était évidemment pas conçu pour recevoir autant de victimes à la fois. Autre difficulté : l’accès aux documents des cabinets dentaires n’a pas été facilité par le pont du 14 juillet. Pus largement, des pistes d’amélioration ont été évoquées, notamment la création de listes régionales de l’UIO afin de créer une dynamique territoriale. Du fait de l’importance du réseau local, a nomination d’un coordinateur régional permettrait à tous les odontologistes médico-légaux de se connaître et de travailler ensemble pour répondre positivement en cas de catastrophe. En terre niçoise, remercions pour leur disponibilité le Pr Medioni et les enseignants de l’UFR de Nice. Du côté du Conseil national, l’enjeu vise à faire « connaître le travail des odontologistes médico-légaux. Ils ont un savoir-faire et la volonté de faire. La performance des chirurgiens- dentistes intervenus à Nice en est la preuve. Pour les aider au mieux dans leur mission, nous appelons à l’implication de l’ensemble de la profession, qui passe, entre autres, par la réalisation et la mise à jour systématique des schémas dentaires et la communication à l’Ordre des numéros de téléphone portable des praticiens », explique Serge Fournier.