Dérives sectaires : l’Ordre signe une convention avec la Miviludes

26/09/2017

[26 septembre 2017]

Le Conseil national de l’Ordre a signé en septembre dernier une convention avec la Miviludes afin de lutter contre les dérives sectaires en médecine bucco-dentaire. L’occasion de faire le point sur ce que recouvrent ces pratiques et de livrer des outils pratiques aux chirurgiens-dentistes susceptibles d’y être confrontés.

« La maladie est une porte d’entrée rêvée pour les mouvements à caractère sectaire, qui profitent de la souffrance, de l’inquiétude, de l’angoisse des malades et de leur famille pour mieux exercer leur emprise », explique Serge Blisko, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les dérives sectaires dans le domaine de la santé représentent aujourd’hui près de 40 % de l’ensemble des signalements (2 500 en 2016) enregistrés par la Miviludes.
C’est donc en toute logique que l’Ordre national des chirurgiens-dentistes a signé, le 20 septembre dernier, une convention avec la Miviludes. Elle traduit la nécessité de développer un travail de veille sur le sujet pour mieux protéger les patients et les chirurgiens-dentistes des dérives thérapeutiques à caractère sectaire. Concrètement, les objectifs de ce partenariat consistent à « échanger plus facilement des informations entre nos deux instances. La convention fixe donc un contact plus formalisé, en particulier lorsque l’on nous signale un praticien qui semble poser problème. Jusqu’à présent les signalements de dérives identifiées chez les chirurgiens-dentistes sont très faibles par rapport aux dérives enregistrées en médecine ou en kinésithérapie, par exemple », détaille Serge Blisko.
En pratique, les praticiens sont donc désormais officiellement intégrés dans la lutte contre les dérives sectaires dans leur domaine médical propre. La Miviludes avait déjà, au préalable, consacré un chapitre de son guide aux chirurgiens-dentistes. Il envisage différentes situations susceptibles d’être rencontrées et les démarches à suivre.
Mais qu’est-ce que la Miviludes ? Qu’est ce qu’une dérive sectaire ? De quels moyens d’action se sont dotés la Miviludes et l’Ordre des chirurgiens-dentistes ? Réponses ci-dessous.

• Qu’est ce que la Miviludes ?

La Miviludes est un organisme interministériel rattaché au Premier ministre. La Mission est constituée de 15 agents de l’État mis à sa disposition. C’est une structure pluridisciplinaire issue des ministères suivants : Intérieur, Justice, Affaires sociales et Santé, Économie et Finances, Éducation nationale. Un conseil d’orientation composé d’universitaires, de chercheurs et des représentants des grandes associations luttant contre les dérives sectaires évalue et oriente ses travaux. Un rapport annuel est remis au Premier ministre.

• Qu’est ce qu’une dérive sectaire ?

Selon la Miviludes, il s’agit d’un « dévoiement de la liberté de pensée, d’opinion ou de religion qui porte atteinte à l’ordre public, aux lois ou aux règlements, aux droits fondamentaux, à la sécurité ou à l’intégrité des personnes. Elle se caractérise par la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé, quelle que soit sa nature ou son activité, de pressions ou de techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique, la privant d’une partie de son libre arbitre, avec des conséquences dommageables pour cette personne, son entourage ou la société ».
« Constellations dentaires », « décodage dentaire » : des cas de dérives sectaires dans le domaine médical des chirurgiens-dentistes ont été identifiés par la Miviludes, qui avaient du reste également été repérés par l’institution ordinale. Mais, attention, toutes les techniques que peuvent utiliser les chirurgiens-dentistes dans leur arsenal thérapeutique (dont certaines alternatives) ne relèvent pas des dérives sectaires ; il a donc semblé nécessaire de placer l’Ordre au centre des recommandations à destination des chirurgiens-dentistes et de l’enregistrement des signalements.

• De quels moyens d’action se sont dotés l’Ordre et la Miviludes ?

Deux référents « Dérives sectaires » ont été désignés au sein du Conseil national de l’Ordre comme interlocuteurs privilégiés de la Miviludes. Ils travaillent actuellement à la rédaction de fiches pratiques à l’intention des chirurgiens-dentistes.
D’autre part, il est envisagé une sensibilisation des conseillers ordinaux par la Miviludes sur les risques de dérive sectaire en santé dans le cadre de l’exercice de la chirurgie dentaire. De la même façon, une formation spécifique pourra être proposée aux conseillers ordinaux visant à définir une stratégie de prévention des dérives sectaires en santé. Cette formation – qui pourra ainsi être retransmise à l’ensemble des chirurgiens-dentistes – se destine à « aider à repérer le plus précocement possible les risques afin d’agir en conséquence [et à] appréhender les mécanismes de la relation d’emprise qui constituent le principal facteur de risque des troubles physiques et psychiques chez les personnes vulnérables », précise la convention. Les représentants de l’Ordre pourront apporter leur éclairage sur les pratiques de la profession. Ils se réuniront tous les ans avec les représentants de la Miviludes afin d’établir un bilan des actions menées.