Toutes les orientations de l’Ordre à l’horizon 2020

19/12/2017

Augmentation du nombre de praticiens, progression potentielle du salariat, féminisation toujours en évolution, arrivée significative de confrères à diplôme étranger, répartition des praticiens sur le territoire… La Drees livre deux études consacrées à notre profession. La première propose une projection de la démographie d’ici à 2040, tandis que l’autre livre une photographie de notre profession en 2015.

Le nombre de chirurgiens-dentistes devrait augmenter de 18 % entre 2016 et 2040 pour atteindre 48 800 actifs en 2040 », avance la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), dans une étude intitulée « 8 000 chirurgiens-dentistes supplémentaires d’ici à 2040 », publiée en septembre dernier. Dans cette analyse, le service statistique public a réalisé une projection de la démographie de notre profession à laquelle il ne s’était plus livré depuis 2007. La hausse annoncée de 8 000 praticiens, qui s’inscrit dans l’hypothèse de la constance des comportements et du maintien des politiques en vigueur, serait « plus importante que celle de la population française et entraînerait également une augmentation de la densité » des praticiens, expliquent les auteurs de l’étude. Une progression qui aurait pour effet, selon eux, d’une part de compenser la baisse de la densité de ces 15 dernières années et d’autre part de ramener le volume de la demande de soins à son niveau de 2000.

Autres résultats de la Drees : « Entre 2016 et 2025, les professionnels seront plus nombreux à cesser leur activité, en raison de l’arrivée à l’âge de la retraite des générations issues de numerus clausus élevés. L’arrivée de nouveaux praticiens permettra de compenser ces départs. » Les auteurs estiment également que « la profession devrait rajeunir et le mouvement de féminisation commencé ces dernières années se poursuivre ». Enfin, l’exercice libéral resterait majoritaire malgré une progression possible du salariat d’ici à 2040. Dans une seconde étude intitulée « En 2015, un tiers des nouveaux chirurgiens-dentistes ont obtenu leur diplôme à l’étranger », la Drees propose une photographie de la profession au 1er janvier 2016. Les thèmes embrassés par cette étude sont, entre autres, les effectifs de la profession, sa féminisation, l’arrivée des praticiens diplômés à l’étranger, les modes d’exercice, la répartition sur le territoire des praticiens.

Globalement, la Drees constate en 2016 que la profession rajeunit via notamment l’accroissement du nombre de places disponibles au numerus clausus et l’arrivée des professionnels diplômés à l’étranger. Autre tendance relevée par la Drees : « L’activité en groupe ou en société est de plus en plus fréquente. Les diplômés s’insèrent rapidement dans la vie active : 85 % d’entre eux sont en activité l’année d’obtention du diplôme ou la suivante. Les changements de mode d’exercice au cours de la carrière sont peu fréquents, et concernent surtout les salariés et les jeunes. » Que doit-on retenir de ces deux études ? Nous reprenons, ci-dessous, sous forme d’items, les principales thématiques portant sur le présent et le futur de la profession développées par la Drees dans ses travaux.

Le scénario d’une hausse importante des effectifs

L’étude prospective indique que d’après un scénario qui repose sur l’hypothèse de comportements constants, le nombre de praticiens de 70 ans ou moins augmenterait de 18 % entre 2016 et 2040 (soit une hausse de 1 % par an) pour atteindre 48 800 actifs en 2040. Au cours de cette période, la population française augmenterait moins rapidement (+9 % selon les projections de la Drees), ce qui produirait in fine une hausse de la densité de praticiens. Cependant, celle-ci diminuerait très légèrement entre 2016 et 2026 (elle passerait de 62 à 61 chirurgiens-dentistes pour 100 000 habitants), pour progresser ensuite modérément, puis plus rapidement jusqu’en 2040 pour atteindre 67 praticiens pour 100 000 habitants. La densité augmenterait de 9 % entre 2016 et 2040.

Impact du numerus clausus

Toujours selon l’étude prospective, compte tenu du nombre d’années d’études et des délais d’installation, une modification du numerus clausus ne commence à « produire ses effets qu’une dizaine d’années plus tard », explique la Drees. Dans le détail, une hausse du numerus clausus à 1 350 places à partir de 2018 conduirait en 2040 à une augmentation des effectifs de 2 % en raisonnant à partir de comportements et de trajectoires professionnelles inchangés. À l’inverse, une baisse du numerus clausus (complémentaire et passerelles inclus) de 1 280 places en 2016 et 2017 à 1 200 places à partir de 2018 conduirait à partir de 2026 à une diminution des effectifs.

Impact de l’arrivée des praticiens diplômés UE

Dans l’étude proposant une photographie de notre profession en 2015, la Drees note qu’au 1er janvier 2016 31 % des praticiens inscrits à l’Ordre pour la première fois en 2015 ont obtenu leur diplôme à l’étranger contre 5 % en 1999. Ce flux augmente régulièrement depuis 2008 : 308 praticiens diplômés hors de France se sont inscrits pour la première fois à l’Ordre en 2013, contre 500 en 2016. Par ailleurs, l’Europe est la principale pourvoyeuse de diplômés hors de France puisque, selon les chiffres de l’Ordre, 46 % des diplômés étrangers inscrits en 2015 ont obtenu leur diplôme en Roumanie, 22 % en Espagne, 17 % au Portugal. Du reste, en 2015, parmi les primo-inscrits, 11 % sont de nationalité roumaine. Les diplômés à l’étranger sont âgés en moyenne de 32 ans à leur entrée sur le territoire, et arrivent donc plutôt en début de carrière. Ils se différencient des diplômés en France par le mode d’exercice qu’ils choisissent au moment de leur installation dans l’Hexagone : 67 % des chirurgiens-dentistes diplômés à l’étranger démarrent leur activité en tant que libéraux, contre 87 % des diplômés en France.

Dans son étude prospective, la Drees considère que « si l’évolution du nombre de praticiens diplômés à l’étranger est difficilement prévisible, elle est déterminante pour évaluer la démographie des chirurgiens-dentistes ». Ainsi, la projection des auteurs repose sur l’hypothèse que le nombre de diplômés à l’étranger se stabiliserait autour de 500 par an, soit le flux constaté ces dernières années qui a été porté de 4 %, en 2012, à 7 %, en 2016, la part de praticiens actifs de 70 ans ou moins ayant obtenu leur diplôme à l’étranger. Ainsi, « si le nombre de primo- entrants diplômés à l’étranger augmentait de 5 % chaque année jusqu’en 2025, pour atteindre au maximum 776 praticiens par an, le nombre de praticiens augmenterait alors de 30 % entre 2016 et 2040, soit un effectif total de 53 400 ».

À l’inverse, l’hypothèse d’un tarissement complet de ce flux, que la Drees juge « très improbable », permet de mesurer son incidence sur la démographie de la profession. D’après cette hypothèse, le nombre de praticiens diminuerait. En 2031, il atteindrait son point le plus bas, à un niveau inférieur de 10 % à celui de 2016.

Autre conséquence, la densité de praticiens diminuerait fortement et passerait de 61,8 praticiens pour 100 000 habitants en 2016 à 52,3 en 2031. Pour maintenir la densité de praticiens autour de 61,8 pour 100 000 habitants (densité de 2016), il serait « nécessaire que des praticiens diplômés à l’étranger continuent d’arriver jusqu’en 2035 », avance la Drees. Ce flux devrait augmenter en moyenne de 4 % par an entre 2016 et 2020 pour compenser la baisse de la densité au cours de cette période.

Moins de cessations d’activité et des carrières plus longues

D’après les projections de la Drees, le nombre de praticiens qui cessent leur activité (définitivement ou non) devrait « augmenter entre 2016 et 2025 de 32 % sous l’effet des sorties qui passeraient de 1 560 à 2 060 en neuf ans, puis diminuerait ensuite jusqu’en 2036 pour se stabiliser autour de 1 600 sorties par an ». Les auteurs expliquent le maintien à un niveau élevé du nombre de cessations entre 2016 et 2025 par l’arrivée à l’âge de la retraite des générations admises en études dentaires dans les années 1970 en période de numerus clausus élevé. Cependant, depuis quelques années, le nombre de praticiens âgés de 62 ans ou plus a augmenté. La Drees note que « leur part parmi les actifs est passée de 12 % à 14 % entre 2012 et 2016, en raison de la réforme des retraites de 2010 et du cumul emploi-retraite qui commence à se développer sous l’effet de l’assouplissement des conditions d’éligibilité depuis 2009 ».

D’après les chiffres de l’Ordre exploités par l’institut de statistique, 269 praticiens à la retraite continuaient d’exercer au 1er septembre 2016. L’allongement des carrières et l’essor du flux de diplômés à l’étranger expliquent pourquoi la baisse envisagée dans le précédent modèle élaboré par la Drees en 2007 ne s’est pas produite. « En effet, si l’on restreint le champ aux praticiens de moins de 60 ans, diplômés en France, l’évolution de leurs effectifs est proche de celle qui avait été projetée à l’époque », souligne l’étude. D’après l’hypothèse qui prévoit dès 2017 un décalage d’un an des cessations d’activité après 60 ans et si l’allongement des carrières se poursuivait, les effectifs projetés seraient dès 2017 supérieurs de 1 % à ceux du scénario tendanciel. La différence serait de 2 % entre 2020 et 2034, puis s’établirait autour de 1 % jusqu’en 2040. Pour la Drees, l’allongement des carrières a donc un effet immédiat sur la démographie des praticiens, compte tenu des effectifs importants dans les tranches d’âge concernées.

En parallèle, les nouvelles entrées de praticiens dans la vie active devraient augmenter, selon une hypothèse de numerus clausus inchangé, en raison de l’arrivée de praticiens diplômés à l’étranger. Cette hausse serait visible jusqu’en 2022, puis se stabiliserait autour de 1 700 nouvelles entrées jusqu’en 2040. L’augmentation du nombre global d’entrants (comprenant les reprises après une période d’interruption) compense rait les cessations pendant toute la période et expliquerait la hausse continue projetée du nombre de chirurgiens- dentistes d’ici à 2040.

Le maintien du rajeunissement et de la féminisation de la profession

« En raison d’un nombre d’entrées important (lié au niveau du numerus clausus et à l’arrivée de professionnels formés à l’étranger) et supérieur à celui des sorties, l’âge moyen des chirurgiens-dentistes va baisser jusqu’en 2032 », projette la Drees. Et d’ajouter : « Il était de 48 ans en 2012, il serait de 44 ans en 2032. La part des 55 ans ou plus baisserait de 36 % en 2016 à 19 % en 2040, en particulier chez les hommes : en 2040, 18 % des hommes actifs auraient 55 ans ou plus, contre 44 % en 2016. À l’inverse, la part des moins de 35 ans augmenterait : elle passerait de 20 % en 2016 à 23 % en 2040. »

Parallèlement à ce rajeunissement, la féminisation de la profession se poursuivrait : 56 % des praticiens en activité seraient des femmes en 2040 contre 44 % en 2016 et les consœurs seraient majoritaires à partir de 2024. L’âge moyen des femmes et des hommes devrait cependant suivre des évolutions différentes. Celui des hommes devrait fortement baisser entre 2016 et 2032 (il passerait de 50 ans à 45 ans), puis se stabiliserait autour de 45 ans jusqu’à la fin de la période de projection.

À l’inverse, l’âge moyen des femmes devrait baisser entre 2016 et 2032, mais de manière plus modérée que celui des hommes (il passerait de 44,5 ans à 43 ans), puis augmenterait légèrement jusqu’en 2040 pour atteindre 44 ans. L’écart d’âge devrait donc se réduire entre les femmes et les hommes de cinq ans en 2016 à un an en 2040.

Une insertion rapide des diplômés dans la vie active

La Drees observe dans son étude basée sur les données du RPPS que les diplômés s’engagent rapidement dans la vie active. Entre 2008 et 2012, parmi les praticiens diplômés en France, « 52 % ont commencé à exercer leur premier emploi dans l’année qui a suivi l’obtention de leur diplôme, 33 % deux ans après, 10 % trois ans après, 5 % quatre ans après », recense la Drees. Les entrées dans la vie active cinq ans ou plus après l’obtention du diplôme sont rares (ces chiffres ne tiennent pas compte des diplômés qui n’exercent jamais ou partent à l’étranger).

Développement de l’exercice salarial

Selon le scénario tendanciel établi par la Drees (qui prolonge les comportements récents observés), la part des praticiens libéraux ou mixtes diminuerait très légèrement au profit de celle des praticiens salariés : elle passerait ainsi de 89 % en 2016 à 88 % en 2040. Le nombre de praticiens libéraux ou mixtes serait stable jusqu’en 2026 avec une évolution moyenne de 0,2 % par an, avant d’augmenter de 1 % en moyenne par an. « En revanche, l’augmentation du nombre de praticiens salariés serait plus importante, et ce jusqu’en 2020 (+1,7 % par an en moyenne), puis plus modérée (+1 % en moyenne par an). La féminisation de la profession serait moins marquée pour les salariés : la part des femmes parmi les salariés resterait stable entre 2016 et 2040 (respectivement 61 % et 62 %), alors qu’elle augmenterait fortement dans le secteur libéral (41 % à 55 %) », soulignent les auteurs. Néanmoins, le modèle de projection de la Drees ne tient pas compte de l’évolution de l’offre de postes salariés qui pourrait contraindre les praticiens dans le choix de leur mode d’exercice.

Développement de l’exercice en groupe

À partir des données du RPPS, la Drees relève que « l’exercice en groupe ou en société se développe nettement chez les praticiens libéraux ou mixtes âgés de 70 ans ou moins, puisqu’il concerne 55 % d’entre eux en 2016 contre 33 % en 2001 ». Les raisons de ce développement sont multiples : mise en commun de moyens, possibilité d’acquérir et de rentabiliser des équipements coûteux, conditions de travail plus souples (1)…

Des changements de mode d’exercice plus fréquents chez les jeunes et les salariés

« Les chirurgiens-dentistes changent peu de mode d’exercice au cours de leur carrière : seuls 1,2 % des praticiens le font entre deux années consécutives », indique la Drees dans son étude réalisée à partir des données RPPS, avant d’ajouter : « Les changements sont plus fréquents en début de carrière : en moyenne, entre 2012 et 2016, 5,1 % des moins de 30 ans ont changé de mode d’exercice entre deux années consécutives, contre 0,4 % des praticiens de 50 à 59 ans. De plus, les changements s’effectuent plus fréquemment du salariat vers l’exercice libéral que dans l’autre sens : en moyenne, entre 2012 et 2016, 6,6 % des salariés une année donnée deviennent libéraux l’année suivante, alors que seuls 0,6 % des libéraux une année donnée deviennent salariés l’année d’après. »

La cessation d’activité plus précoce chez les salariés

Au 1er janvier 2016, l’âge moyen de cessation d’activité est estimé à 64,7 ans par la Drees. La part de ceux qui prennent leur retraite à 62 ou 63 ans est de 10 %, alors qu’elle est de 26 % à 64 ans ou 65 ans, âges où cette part est maximale. « À partir de 71 ans, la quasi-totalité des praticiens ont cessé toute activité », indiquent les auteurs. Les taux de cessation d’activité estimés varient en fonction du mode d’exercice et révèlent des « cessations légèrement plus précoces chez les salariés : en moyenne, 13 % des chirurgiens- dentistes salariés âgés de 60 à 64 ans cessent leur activité d’une année sur l’autre, contre 11 % des chirurgiens-dentistes libéraux. Les taux varient également selon le sexe : 40 % des femmes salariées cessent leur activité à 66 ans contre 19 % des hommes salariés du même âge ».

Focus sur les inégalités territoriales

La Drees note, sans surprise, qu’en 2016 certains départements sont très bien dotés, comme les Alpes-Maritimes dont la densité est supérieure de 50 % à la moyenne nationale (109 praticiens pour 100 000 habitants). À l’inverse, les départements ultramarins ou de Normandie ont des densités très faibles, autour de 40 praticiens pour 100 000 habitants, la moyenne nationale étant établie à 62 pour 100 000 habitants. À titre de comparaison, les 10 % de départements les mieux dotés ont une densité de praticiens 1,9 fois supérieure à celle des 10 % des départements les moins dotés. Cependant, la situation est plus contrastée en Île-de-France : Paris et les Hauts-de-Seine sont bien pourvus (avec respectivement une densité de 134 et 78), contrairement à la Seine-Saint- Denis, l’Essonne, le Val-d’Oise et au département de Seine-et-Marne. « Les inégalités territoriales sont restées stables entre 2001 et 2016 », relève la Drees qui poursuit : « Les praticiens s’installent davantage dans les grands pôles urbains que dans les communes rurales : 31 % s’établissent dans des unités urbaines de plus de 200 000 habitants (hors agglomération parisienne), contre 6 % dans les communes rurales, alors que ces zones représentent respectivement 24 % et 22 % de la population nationale. »

En outre, la Drees relève que les densités départementales sont corrélées à la présence de lieux de formation : les 16 départements qui disposent d’une faculté dentaire sont ceux dont la densité de praticiens est la plus élevée. « À l’inverse, parmi les 40 départements qui ne disposent pas de faculté dentaire ou qui ne sont pas limitrophes d’un département en disposant, la densité moyenne est inférieure à la moyenne nationale, [soit] 49 chirurgiens-dentistes pour 100 000 habitants contre 62 », indique-t-elle. Ainsi, le 1er janvier 2016, en moyenne, 38 % des diplômés entre 2008 et 2012 exercent dans le même département que celui où ils ont obtenu leur diplôme et 28 % dans un département limitrophe.


(1) Sophie Audric, Drees, « Études et résultats », n° 314, juin 2004.