Vers une réduction de l’amalgame dentaire

28/03/2018

Créer de la cohésion et de la synergie entre les référents Handicap départementaux et les coordinateurs régionaux, tel était l’enjeu des deux journées organisées à leur intention en février et en mars derniers. L’objectif : informer et former pour permettre d’améliorer l’accès aux soins des personnes en situation de handicap, de dépendance et de précarité.

« La prise en charge bucco-dentaire des personnes en situation de handicap est au cœur des préoccupations de l’Ordre », a rappelé Gilbert Bouteille, président du Conseil national de ‘Ordre, en ouverture des deux sessions de formation et d’information destinées aux référents Handicap départementaux et aux coordinateurs régionaux. Ces deux sessions, qui se sont déroulées les 1er février et 15 mars derniers, étaient organisées par Dominique Chave, présidente de la commission de la vigilance et des thérapeutiques, et de Christian Winkelmann, responsable du pôle Patients, avec la participation d’Éric Manier, président de l’association Santé orale et soins spécifiques (SOSS). Elles ont rassemblé 110 référents et coordinateurs avec un triple objectif : fédérer les énergies, partager les expériences qui fonctionnent et rappeler les missions de chaque acteur.

En pratique, Aude Bourden, conseillère Santé à l’Association des paralysés de France (APF) a expliqué ce que revêt la notion de handicap : « C’est un multiplicateur de difficultés et un facteur de paupérisation. » Pour elle, l’amélioration de la prise en charge des personnes en situation de handicap repose sur deux piliers fondamentaux : la création de réseaux et une meilleure connaissance des différents acteurs (sociaux, médicaux, institutionnels). Elle a salué l’engagement des chirurgiens-dentistes, qui ont « intégré la prise en charge bucco-dentaire des personnes en situation de handicap depuis une quinzaine d’années, peut-être même avant les autres professionnels de santé ».

Éric Magnier a pour sa part présenté les différents interlocuteurs et partenaires sur les territoires. Il a insisté sur la nécessité d’un maillage territorial. « La médecine bucco-dentaire, la gynécologie et l’ophtalmologie sont les spécialités les plus demandées par les personnes en situation de handicap », avance-t-il.

Sandra Zalinski, chirurgien-dentiste spécialiste qualifiée en médecine bucco-dentaire, installée dans le département de Maine-et-Loire, a été le troisième intervenant. Elle a partagé son expérience du cabinet dentaire qu’elle a installé avec sa consœur Laurence Williamson ; celui-ci est totalement dédié au handicap au sein d’une clinique privée à Trélazé. L’objectif initial de ce cabinet dentaire consistait à élargir l’offre de soins afin de désengorger le centre hospitalier universitaire dont les listes d’attente ne permettaient pas un rendez-vous avant six mois en moyenne. « Ce cabinet dentaire connaît un tel succès dans la prise en charge de soins spécifiques que le CHU, sans pour autant se désengager de la prise en charge du handicap, a fermé ses vacations d’odontologie adaptée », explique-t-elle. Le service se compose de deux praticiens spécialistes qualifiés en médecine bucco-dentaire, de deux assistantes dentaires, de deux secrétaires, d’une aide dentaire à mi-temps (elle-même en situation de handicap). Il bénéficie de quatre vacations sous anesthésie générale par semaine.

De leur côté, Dominique Chave et Christian Winkelmann ont rappelé les missions du référent Handicap départemental ainsi que celles du coordinateur régional. Le référent Handicap établit un état des lieux précis de la demande et de l’offre de soins sur son territoire (praticiens libéraux accueillant particulièrement cette population, cliniques, réseaux, praticiens formés au Méopa, services hospitaliers odontologiques, etc.). Il a également pour mission d’identifier les initiatives existantes afin de guider au mieux les patients qui en font la demande vers la structure la plus adaptée.

Les coordinateurs régionaux poursuivent quant à eux les quatre objectifs suivants :

• améliorer la transversalité et la cohérence d’un système de santé régional ;

• développer les politiques et les actions de prévention dans un but de réduction des inégalités de santé ;

• faciliter un accès équitable et pertinent des soins ;

• renforcer la qualité des soins et des prises en charge. Ils s’attachent par ailleurs à favoriser l’harmonisation des travaux des référents Handicap départementaux, la lisibilité du parcours de soins (cabinets de ville/hôpital), la création de réseaux et de structures spécifiques telles que les structures mobiles et, enfin, se livrent à la recherche de financement.

Au total, ces sessions ont été riches d’enseignements. Les échanges et les débats nourris entre les acteurs du soin aux personnes en situation de handicap, de dépendance et de précarité témoignent d’une volonté d’agir ensemble et de fédérer les énergies pour continuer de développer le chantier de l’accès aux soins pour tous.