La bonne santé bucco-dentaire des Européens

21/04/2010

La Commission européenne a commandité une étude qui montre que l’immense majorité des Européens ne rencontre pas de difficultés avec sa bouche et se rend régulièrement chez le dentiste de manière préventive.

57 % des européens auraient visité leur chirurgien-dentiste traitant l’année dernière. Voilà l’un des résultats qui ressort d’une étude sur la perception de la santé bucco-dentaire publié en  février dernier, dans l’Eurobaromètre, une publication régulière de la Commission européenne sur l’état de l’opinion publique en Europe). L’enjeu est loin d’être anodin : pour la commission européenne, les soins dentaires à visées curatives classiques constituent une charge économique importante (5 à 10% des dépenses de santé publique sont consacrées à la santé bucco-dentaire). C’est la raison pour laquelle, l’institution européenne considère important de promouvoir les campagnes de sensibilisation et les comportements préventifs indispensables à sa santé bucco-dentaire et, plus largement, à la santé générale.
La Direction Générale de la Santé et des consommateurs de la Commission européenne a donc commandité une étude de large envergure sur le sujet. Réalisée par l’institut TNS Opinion et social, cette étude visait notamment à alimenter la réflexion des réseaux de recherche européen sur la santé bucco-dentaire au niveau continental. Elle a été réalisée dans les 27 Etats membres de l’Union européenne, dans les trois pays candidats (Ancienne République Yougoslave de Macédoine, Croatie et Turquie) ainsi que dans la Communauté
Chypriote Turque sous la forme d’entretiens individualisés.
L’étude de 110 pages se divise en trois grandes parties :

  • le bilan de la santé bucco-dentaire et l’état de la dentition des Européens
  • les habitudes alimentaires (fréquences et opportunités de consommation de certains produits sucrés.)
  • les pratiques des Européens en ce qui concerne le contrôle et les soins dentaires (motivations et freins à la consultation du chirurgien-dentiste).Un bilan de santé dentaire très satisfaisant

Au travers des données importantes sur l’état de la santé dentaire des européens et leurs comportements préventifs ou à risques que fournit cette enquête, on obtient en quelque sorte une radiographie panoramique de la santé bucco-dentaire des européens. Force est de constater que le bilan initial est plutôt satisfaisant.
Certes, seule une minorité d’Européens peut se targuer d’une dentition naturelle intacte (seuls 41% des européens déclarent avoir toutes leurs dents naturelles mais un tiers d’entre eux affirment avoir encore 20 dents naturelles ou davantage).
Les répondants qui déclarent avoir toutes leurs dents se retrouvent principalementdans les pays scandinaves (Suède, Danemark, Finlande) mais aussi en Irlande ou dans l’extrême Sud-est de l’Union européenne (à Chypre, à Malte et en Grèce). En revanche, les habitants des pays situés dans l’Est de l’Union européenne (en Hongrie, en Estonie, en Pologne, en Slovaquie et en Lettonie) semblent les moins
favorisés en la matière (entre 19% et 29% seulement déclarent avoir toutes leurs
dents naturelles). Comparativement aux Etats membres de l’Union européenne, la Turquie se distingue par le taux le plus élevé de personnes ayant toutes leurs dents naturelles (66%).
Parmi les européens qui de disposent pas toutes leurs dents naturelles, près d’un tiers (31%) portent une prothèse dentaire amovible, avec de faibles disparités selon les pays. L’étude indique que 29% des Européens équipés d’une prothèse dentaire la porte depuis au moins dix ans. Au sein de l’Union européenne, les Britanniques, les Belges, les Polonais et les Portugais sont les plus nombreux à porter une prothèse dentaire amovible, alors que les Suédois sont de loin les moins nombreux (seuls 10% d’entre eux), suivis des Roumains (14%), des Lituaniens (21%) puis des Hongrois, des Italiens, des Chypriotes et des Lettons (chacun 24%).
Néanmoins, il est intéressant de mettre en regard les résultats de cette question avec ceux de la question concernant le nombre de dents naturelles des répondants. On observe ainsi que les Suédois sont une très faible minorité à n’avoir que 10 à 19 dents naturelles, contrairement aux Roumains, aux Lituaniens, aux Hongrois, aux Italiens et aux Lettons. Cela signifie donc que dans ces autres pays, une grande partie de la population a un nombre important de dents manquantes, sans pour autant avoir recours à une prothèse amovible.
Si 43% des porteurs de prothèse l’ont depuis moins de quatre ans (22% depuis un à
deux ans ; 21% depuis trois à quatre ans), près d’un tiers (29%) la porte depuis au
moins dix ans. Cette proportion est particulièrement importante en France et au Luxembourg (48%), en Finlande (46%) au Danemark (45%) et en Belgique (42%).
En revanche, c’est en Lettonie et au Royaume-Uni (avec respectivement 40% et 36%) que l’on déclare le plus souvent porter une prothèse depuis seulement un à deux ans.
Au niveau général de l’état de santé bucco-dentaire, seule une faible minorité des Européens de 14% déclarent avoir éprouvé, au cours des douze derniers mois, des difficultés à mâcher, mordre et manger de la nourriture à cause de problèmes de bouche ou de dents. De même, ils sont assez peu nombreux à présenter des maux de dents, des gencives douloureuses ou des irritations (16%) et encore moins nombreux à avoir ressenti de l’embarras à cause de l’apparence de leurs dents ou de leur prothèse dentaire (7%).
Enfin, seuls 4% des Européens ont évité une conversation, au cours des douze derniers mois, à cause de l’apparence de leurs dents ou de leur prothèse dentaire.
Sur le plan géographique, on notera quelques disparités puisque les Européens qui répondent le plus souvent positivement à ces sept questions (ceux qui ont « souvent » rencontré des difficultés ou se sont dit gênés ou embarrassés), sont globalement toujours les mêmes. Ils habitent des pays situés dans l’Est de l’Union européenne (en Bulgarie, en Lituanie, en Roumanie notamment) ou encore en Turquie ou dans l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine.

Miel et fruits frais vs chewing-gum et soda

La santé bucco-dentaire des Européens dépend entre autre de la façon de s’alimenter. En particulier, boire ou manger régulièrement des aliments et boissons sucrés a un impact sur l’état de leurs dents. Or ces habitudes de consommation peuvent être culturelles, géographiques voire sociologiques.
Les pays du Nord de l’Union sont ainsi davantage représentés parmi ceux qui fractionnent beaucoup leurs repas. Les Européens qui ont en moyenne l’occasion de manger et/ou de boire le plus souvent au cours de la journée se retrouvent au Danemark (un peu plus de 8 fois par jour), aux Pays-Bas, en République tchèque et à Malte (un peu plus de 7 fois par jour), puis au Royaume-Uni, en Suède et en Allemagne (environ 6 fois).
En revanche, les répondants qui disent n’avoir l’occasion de manger et/ou boire qu’environ 3 à 4 fois par jour sont avant tout les habitants de certains pays du Sud-est de l’Europe : les Roumains, les Bulgares et les Grecs en particulier. Selon l’étude réalisé pour l’eurobaromètre, les Européens qui ont l’occasion de manger et /ou de boire le plus souvent (5,7 fois par jour en moyenne) sont principalement les jeunes de 15 à 24 ans.
S’agissant de la fréquence de consommation des aliments et boissons sucrées, les produits les plus souvent consommés par les Européens sont  d’origine naturelle : fruits, confiture et miel. Seul 1/5e des personnes interrogées consomment « souvent » des boissons sucrées (limonades, cola), biscuits ou gâteaux. Quant aux sucreries et chewing-gums, ils ne sont régulièrement consommés que par une minorité de répondants. Consommées régulièrement par 19% des Européens, les boissons sucrées sont le plus appréciées dans l’Est de l’Union européenne (en Bulgarie, en Slovaquie, à Chypre et en République tchèque.). En revanche, les premiers consommateurs de gâteaux et biscuits sont les Irlandais et les Britanniques (respectivement 28% et 27%) et ce sont les Polonais, les Hongrois, les Lituaniens, les Slovaques et les Grecs qui arrivent en tête du classement des consommateurs les plus réguliers de sucreries (environ 20% en consomment fréquemment).

Contrôle et accès aux soins

La santé dentaire des Européens dépend d’une part de l’état de leur dentition et d’autre part de leurs habitudes alimentaires, en particulier de leur consommation de produits sucrés. Mais le contrôle et les soins dentaires sont évidemment essentiels dans la santé bucco-dentaire puisque la consultation régulière d’un dentiste permet non seulement de traiter des problèmes dentaires éventuels mais aussi de les prévenir. En terme d’accès aux soins, les chiffres sont très satisfaisant : l’immense majorité des Européens (88%) considèrent que, en cas de besoin, il lui possible d’accéder à un cabinet se trouvant à moins de 30 minutes de leur domicile ou de leur lieu de travail. Ils sont même plus de 9 sur 10 à répondre par l’affirmative en Belgique, à Chypre, en Finlande, en Irlande, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, à Malte et en Slovénie et dans une moindre mesure en Grèce, en Espagne et en Suède. A contrario, les pays moins « favorisés » en la matière sont l’Estonie, la Slovaquie, l’Italie et la Lettonie.
Il est intéressant de noter que ce chiffre s’élève à 89% chez les habitants d’une petite ou d’une moyenne ville conte 87% dans les villages ruraux ou dans les grandes villes, ce qui laisse à penser que la couverture est aussi bien assurée dans des lieux d’habitations privilégiés que dans des zones moins favorisées. Ils sont également unanimes (92%) à dire qu’ils ont généralement accès à un cabinet ou à une clinique dentaire en cas de besoin. Au-delà de la proximité et de l’accessibilité d’un cabinet dentaire, il paraît important d’étudier le choix du type de structure lorsqu’il s’agit de faire soigner ses dents. Or, il apparaît que le cabinet dentaire est très largement plébiscité : lorsque les Européens ont besoin de soins dentaires, la grande majorité (79%) se rend chez un dentiste ou dans une clinique privée et 14% se rend dans une clinique gérée par la ville ou le gouvernement. Ils ne sont que 3% à consulter dans un hôpital de premiers soins et 1% dans la clinique d’une école ou d’une université dentaire.
Les pays dans lesquels les répondants vont traditionnellement le plus volontiers chez un dentiste ou dans une clinique privée sont aussi cinq des six pays fondateurs de l’Union : l’Allemagne (99%), le Luxembourg (98%), les Pays-Bas et la France (97%), suivis de la Belgique (94%) auxquels il faut ajouter le Danemark (96%). En revanche, seuls 31% des Britanniques, 46% des Finlandais, 50% des Hongrois, 51% des Suédois et 60% des Polonais répondent dans le même sens. Dans ces pays, la population se rend aussi très souvent dans une clinique gérée par la ville ou le gouvernement. C’est même majoritairement le cas au Royaume Uni (62% des répondants, contre 31% chez un dentiste ou dans une clinique privée) et en Finlande
(49% contre 46%).
Èn matière de fréquence de consultation, les Européens dans leur ensemble se rendent régulièrement chez le dentiste : 57% on consulté (pour leurs dents, prothèses dentaires ou gencives) il y a moins d’un an. Seule une minorité (9%) n’a pas consulté depuis plus de cinq ans ou plus et 2% des européens n’ont jamais pénétré un cabinet dentaire. Les plus nombreux à avoir consulté leur chirurgien-dentiste au cours des douze derniers mois sont plutôt des habitants du Nord de l’Union européenne : Néerlandais (83%), Danois (78%), Allemands et Luxembourgeois (77%). Rappelons ici, que dans certains de ces pays, une visite est imposée tous les ans, voire tous les six mois, afin de continuer à bénéficier d’une couverture sociale pour les dents.
En revanche, les habitants de plusieurs pays situés dans l’Est de l’Union sont les moins nombreux à s’y être rendus au cours de l’année écoulée : Roumains (34%), Hongrois (35%), Lettons (41%), Polonais (44%), Estoniens et Bulgares (45%), Lituaniens (46%) et Grecs (49%). C’est également le cas des répondants espagnols (43%) et portugais (46%).
L’étude précise par ailleurs que les ressortissants de l’Union européenne qui se sont rendus chez un dentiste au cours des douze dernier mois l’ont fait en moyenne un peu plus de 2 fois. Cependant 4 répondants sur 10 y sont allés une seule fois. Concernant les motifs de consultation, la majorité (50%) des Européens interrogés dans cette enquête a déclaré s’être rendus chez le dentiste pour y réaliser un check-up, un examen ou un nettoyage. Ils sont un tiers à avoir consulté pour un traitement de routine et près d’un sur cinq pour une urgence.
Consulter un dentiste pour réaliser un check-up et faire ainsi contrôler sa dentition en prévention (plutôt que consulter pour un problème déjà présent) semble être une habitude plus féminine que masculine (3 points de plus pour les femmes). De même, plus on est jeune, plus on consulte volontiers pour cette raison (alors que les plus âgés se rendent davantage chez le dentiste pour un traitement d’urgence). Le fait d’appartenir à une catégorie sociale plus favorisée joue aussi un rôle : les Européens qui ont étudié plus longtemps sont ceux qui ont consulté le plus pour un check-up (8 points de plus pour les répondants qui ont étudié au-delà de l’âge de 20 ans par rapport à ceux qui ont arrêté leurs études à l’âge de 15 ans). De même, les cadres directeurs, les étudiants, les employés et les indépendants consultent davantage un dentiste pour faire faire un check-up que les autres catégories (chômeurs, retraités, femmes au foyer et ouvriers).
Enfin, une majorité relative d’Européens considère que s’ils ne vont pas consulter, c’est avant tout parce qu’ils considèrent ne pas avoir de problème dentaire sérieux 33 %). Mais au-delà de cette première raison invoquée, les personnes qui disent ne pas aller chez le chirurgien-dentiste ne citent pas des problèmes d’accessibilité mais plutôt un coût trop élevé de la consultation et des soins (16 %).