Les dispositions du code du travail relatives à la radioprotection des travailleurs sont-elles applicables aux praticiens libéraux ?
Oui. Les dispositions du code du travail relatives à la prévention du risque d’exposition aux rayonnements ionisants sont applicables à toute entreprise, quelque soit son secteur d’activité (nucléaire, industrie, médical…), dès lors que des travailleurs, salariés ou non, sont susceptibles d’être exposés à un risque dû aux rayonnements ionisants résultant d’activités nucléaires soumises à un régime d’autorisation ou de déclaration (article R. 4451-9 du code du travail).
Quelles sont les obligations de l’employeur en matière de risque dû aux rayonnements ionisants ?
Une circulaire DGT/ASN n° 04 du 21 avril 2010 relative aux mesures de prévention des risques d’exposition aux rayonnements ionisants reprend l’ensemble des obligations applicables à l’employeur ou au travailleur non salarié qui détient, utilise ou stocke des sources radioactives ou des générateurs de rayons X.
Dans un cabinet qui détient ou utilise ces dispositifs, l’employeur ou le travailleur non salarié, après avoir engagé auprès de l’ASN les procédures administratives de déclaration, doit :
- désigner une personne compétente en radioprotection ;
- dans le cadre de l'évaluation des risques, procéder à une analyse des postes de travail ;
- définir les mesures de protection collective adaptées à la nature de l'exposition susceptible d'être subie par les travailleurs exposés aux rayonnements ionisants en prenant en compte les autres facteurs de risques professionnels pouvant apparaître sur le lieu de travail ;
- définir les mesures individuelles de protection adaptées lorsque les mesures collectives ne permettent pas d’éviter le risque ;
- procéder ou faire procéder à un contrôle technique de radioprotection des sources et des appareils émetteurs de rayonnements ionisants, des dispositifs de protection et d'alarme, des instruments de mesure utilisés ainsi que des ambiances de travail (voir ci-dessus) ;
- délimiter autour de la source une zone surveillée ou une zone contrôlée, au vu notamment des informations délivrées par le fournisseur de la source ;
- transmettre annuellement à l'IRSN une copie du relevé actualisé annuellement des sources et des appareils émettant des rayonnements ionisants utilisés ou stockés dans l'établissement ;
- organiser la formation des travailleurs réalisant des opérations en zone réglementée. Cette formation, devant être renouvelée tous les 3 ans ;
- procéder au classement en catégorie A ou B des travailleurs susceptibles d’être exposés ;
- organiser un suivi dosimétrique adapté des travailleurs classés en catégorie A ou B, notamment en attribuant un dosimètre passif et, le cas échéant, un dosimètre opérationnel ;
- organiser un suivi médical renforcé des travailleurs classés en catégorie A ou B.
Ces obligations sont précisées dans les développements qui suivent.
Personne compétente en radioprotection
Quel cabinet dentaire doit désigner une personne compétente en radioprotection ?
L'employeur désigne au moins une personne compétente en radioprotection lorsque la présence, la manipulation, l'utilisation ou le stockage d'une source radioactive scellée ou non scellée ou d'un générateur électrique de rayonnements ionisants entraîne un risque d'exposition :
- pour les travailleurs de l'établissement ;
- ainsi que pour ceux des entreprises extérieures ;
- ou pour les travailleurs non salariés intervenant dans cet établissement.
Depuis le 1er janvier 2009, la personne désignée comme personne compétente en radioprotection doit avoir obtenu le certificat de formation prévu par l’arrêté du 26 octobre 2005 modifiée (voir ci-dessous) .
Quelles sont les missions de la personne compétente en radioprotection ?
En application des articles R. 4456-8 à R. 4456-11 du Code du travail, la personne compétente en radioprotection assure les missions suivantes :
- elle participe à la constitution du dossier de déclaration
- elle procède à une évaluation préalable permettant d'identifier la nature et l'ampleur du risque encouru par les travailleurs exposés ;
- elle participe à la définition et à la mise en œuvre de la formation à la sécurité des travailleurs exposés ;
- elle définit, après avoir procédé à cette évaluation, les mesures de protection adaptées à mettre en œuvre ;
- elle vérifie leur pertinence au vu des résultats des contrôles techniques et de la dosimétrie opérationnelle ainsi que des doses efficaces reçues ;
- elle est consultée sur la délimitation des zones surveillée ou contrôlée et sur la définition des règles particulières qui s'y appliquent ;
- elle définit les moyens nécessaires requis en cas de situation anormale.
Qui peut-être désigné comme personne compétente en radioprotection ?
La personne compétente en radioprotection doit être titulaire d'un certificat délivré à l'issue d'une formation à la radioprotection dispensée par des personnes dont la qualification est certifiée par des organismes accrédités (article R. 4456-6 du code du travail). Pour un cabinet dentaire, la personne compétente en radioprotection doit avoir suivie la formation « secteur médical » comprenant un tronc commun et l’option relative à la détention ou à la gestion de sources radioactives scellées, d'appareils électriques émettant des rayons X et d'accélérateurs de particules. La formation doit être assurée par un formateur certifié par l’AFAQ ou le CEFRI. La validité du certificat de formation est de cinq ans à compter de la date du contrôle du module théorique. .
A condition d’être titulaire de ce certificat, la personne compétente en radioprotection peut être :
- un chirurgien-dentiste ;
- un membre du personnel ;
- un intervenant externe à l’établissement dans les conditions résultant d’un arrêté du 24 novembre 2009 (voir ci-dessous).
Quels établissements peuvent désigner une personne compétente en radioprotection externe à l'établissement ?
Sont concernés par l’externalisation de la personne compétente en radioprotection les établissements détenant des appareils électriques générant des rayons X dont la détention ou l'utilisation est soumise à déclaration et notamment : des appareils de radiologie à poste fixe (ensemble des actes de radiodiagnostic à l'exclusion des installations de scanographie) et des appareils mobiles / transportables de radiologie y compris dentaires et appareils portatifs dentaires .
Quelles conditions la personne compétente en radioprotection externe à l’établissement doit-elle remplir ?
La personne compétente en radioprotection externe à l’établissement doit :
- être titulaire du certificat, en cours de validité, délivré à l'issue de la formation à la radioprotection prévue à l'article R. 4456-6 du code du travail ;
- connaître l'ensemble des dispositions particulières, en matière de radioprotection, définies par la profession, relatives aux secteurs dans lesquels elle intervient ainsi que les risques professionnels d'autre nature associés à l'activité mise en œuvre ;
- disposer des moyens nécessaires à l'exercice de l'ensemble de ses missions ;
- disposer des moyens ou instruments de détection des rayonnements ionisants adaptés.
Un accord doit être formalisé entre l’employeur et la personne compétente en radioprotection externe à l’établissement. Un arrêté du 24 novembre 2009 portant homologation de la décision n° 2009-DC-0147 de l'Autorité de sûreté nucléaire du 16 juillet 2009 précise, dans une annexe, les principales clauses que doit contenir ce contrat.
Un même organisme peut-il, pour un même cabinet dentaire, être à la fois personne compétente en radioprotection et charger des contrôles externes des sources et des appareils émetteurs de rayonnements ionisants ?
Non. La personne compétente en radioprotection procède à un contrôle interne (pour le compte de l’employeur), des sources et des appareils émetteurs de rayonnements ionisants qui doit être distingué des contrôles externes et des contrôles d’ambiance externes de ces mêmes sources et appareils. Ceux-ci doivent être réalisés par un organisme agréé différent ou par l’IRSN.
Quelles sont les obligations de l’employeur vis-à-vis de la personne compétente en radioprotection externe à l’établissement ?
L’employeur a notamment :
- l’obligation de communiquer à la personne compétente en radioprotection externe la déclaration ou l'agrément valant déclaration, (délivré par le préfet du département), de l'activité nucléaire ;
- l’obligation d’informer la personne compétente en radioprotection externe à l'établissement de toute modification de nature à mettre en cause l'organisation de la radioprotection et s'assurer que ces modifications ne remettent pas en cause les termes de l'accord formalisé.
Quand la personne compétente en radioprotection externe doit-elle intervenir au sein de l’établissement ?
- Interventions obligatoires dans l’établissement de la PCR
- Lors de la déclaration (initiale ou mise à jour).
- A la prise de fonctions.
- Lors du contrôle technique de radioprotection effectué par l'organisme agréé ou l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire prévu aux articles R. 4452-15 et R. 4452-16 du code du travail et R. 1333-95 du code de la santé publique.
- Lors de l'élaboration d'un plan de prévention.
- A la demande des agents de contrôle compétents mentionnés à l'article R. 4456-27 du code du travail et à celle du médecin du travail.
- En cas d'événements significatifs tels que définis dans l'article R. 4455-8 du code du travail, en cas de dépassement de l'une des valeurs limites mentionnées à l'article R. 4453-34 du même code et lors de l'intervention d'une entreprise extérieure dans les conditions prévues par l'article R. 4451-8 du même code.
- Fréquence minimale d’intervention dans l’établissement
- Au moins une fois par an.
La personne compétente en radioprotection externe doit établir :
- un compte rendu écrit de chaque intervention dans l'établissement ;
- un rapport annuel d'activité.
Ces documents sont transmis à l'employeur qui les conserve au moins dix ans.
Evaluation des risques
Comment le risque dû aux rayonnements ionisants doit-il être évalué ?
En application des articles R. 4451-7 et suivants du code du travail et comme tout autre risque professionnel, le risque dû aux rayonnements ionisants doit faire l’objet d’une évaluation préalable par l’employeur. Cette évaluation est menée sur la base des situations dites « normales » de travail par la personne compétente en radioprotection (PCR), sous la responsabilité de l’employeur.
Cette évaluation permet en particulier, à partir de l’analyse des postes de travail, de :
- dimensionner les équipements de protection collective pour réduire aussi bas que raisonnablement possible le niveau d’exposition sur les lieux de travail ;
- délimiter les zones de travail réglementées ;
- définir en liaison avec le médecin du travail le classement des travailleurs ;
- déterminer, le cas échéant, les équipements de protection individuelle ;
- définir le type et les modalités de suivi dosimétrique.
Contrôle technique de radioprotection des sources et des appareils émetteurs de rayonnements ionisants, des dispositifs de protection et d'alarme, des instruments de mesure utilises ainsi que des ambiances de travail
Ce point est traité ci-dessous dans la fiche relative aux différents contrôles à effectuer et faire effectuer.

